Togo : Prof. Mamadou Babou Niang se fait le chantre de la valorisation des savoirs endogènes africains
Le Palais des congrès de Lomé a accueilli ce dimanche 30 novembre 2025, la Première Grande Conférence Internationale sur les savoirs endogènes africains, un événement majeur consacré à la réhabilitation de la culture africaine, à la transmission des connaissances ancestrales et à la clarification des pratiques souvent mal interprétées. Financée entièrement par Pr. Mamadou Babou NIANG, la rencontre s’est déroulée en présence du Chef canton de Bè, Mawouko Adélan Aklassou IV (invité d’honneur) et a rassemblé chefs traditionnels, chercheurs, praticiens culturels et délégations venues de plusieurs pays.

Dès l’ouverture, les interventions du Dr. Dabur Amos, président du comité d’organisation , de M. Cissé Youba , émissaire de sa majesté Prof. Mamadou Niang et de Sa Majesté Djomanmounso du Bénin ont permis de situer l’enjeu central du débat : replacer les savoirs endogènes au cœur des stratégies de développement, dans un contexte où les repères culturels africains tendent à s’effriter.
« On ne devient pas un pays développé en changeant ses origines comme quoi l’oiseau ne grandit que dans son plumage, les artéfacts de notre culture doivent nous caractériser, l’Afrique doit être identifié par son code vestimentaire, alimentaire, ses pratiques de soins, de logements etc. Se développer n’est pas d’abandonner ce que nous savons faire mais il faut que nous nous renouons à nos fondamentaux pour l’ancrage de notre culture » a indiqué sa majesté Djomanmounso du Bénin.
Pour sa part, Prof. NIANG est revenu sur des pratiques et connaissances légués par nos ancêtres qu’il est important de préserver « L’Afrique est en train de se réveiller. Cependant, nous constatons que beaucoup de personnes mélangent religion et culture. Or, ici, il s’agit de valoriser ce que nos anciens nous ont laissé en héritage. »
Selon lui, il est important de mettre la différence entre la religion et les savoirs ancestraux. Ensuite il indique des gens malintentionnés sont là de nos jours pour escroquer les citoyens à travers des pratiques et il est important d’y faire attention.
« Aujourd’hui, nombreux sont nos compatriotes emprisonnés à cause du phénomène de multiplication d’argent. Le plus troublant, c’est que certains sont d’authentiques détenteurs de savoirs, mais leurs connaissances sont malheureusement orientées vers de mauvaises pratiques » a-t-il souligné

Face à cette dérive, il propose une approche axée sur l’éducation traditionnelle : « Nous devons expliquer, former et guider. Les savoirs endogènes n’ont jamais été conçus pour tromper, mais pour édifier. Lorsqu’ils ne sont pas compris, ils deviennent dangereux ».
Un plaidoyer pour la protection des valeurs africaines
Par ailleurs, les différents intervenants ont unanimement reconnu qu’il est devenu indispensable de protéger les valeurs africaines face aux nombreuses dérives constatées. En effet, ils ont rappelé que la culture constitue à la fois un repère identitaire essentiel et un levier déterminant pour la santé, l’éducation et la cohésion sociale. Ainsi, ils ont insisté sur la nécessité de préserver les pratiques positives transmises par les anciens, tout en démystifiant celles qui, mal comprises ou détournées, créent aujourd’hui de graves malentendus.
De plus, les participants ont souligné l’urgence de renforcer la transmission intergénérationnelle afin que les jeunes puissent accéder à une connaissance véritable et structurée des savoirs endogènes. Enfin, Sa Majesté Djomamousso du Bénin a proposé la création d’une Académie de la culture africaine, estimant qu’une telle institution serait essentielle pour centraliser, organiser et transmettre durablement les héritages culturels dans une dynamique de développement durable.

Pour sa part , le chef canton de Bè, invité d’honneur de cette conférence internationale a rassuré les uns et les autres que cette conférence sera rééditée l’année prochaine sous sa propre initiative avec la collaboration des forces vives culturelles du pays afin que l’œuvre de transmission des savoirs ancestraux soit bien appliquée.
Vers une reconquête des racines africaines
En définitive, cette conférence s’est affirmée comme un espace de dialogue et de réflexion visant à clarifier, protéger et valoriser les savoirs endogènes africains. Elle s’est clôturée sur un appel fort : protéger l’héritage culturel, lutter contre les dérives qui le dénaturent, et replacer la culture africaine au cœur de la construction moderne du continent.
Pour l’ensemble des participants, la renaissance culturelle constitue non seulement un devoir de mémoire, mais également une voie essentielle pour bâtir une Afrique consciente de ses racines et mieux préparée à relever les défis de demain.
Edmond Kondo
