Région des Savanes : La double peine de l’insécurité et de la soif
En proie à une crise sécuritaire depuis 2021, la région des Savanes fait face à une autre urgence silencieuse : la pénurie chronique d’eau potable. Entre forages négatifs, barrages ensablés et sources naturelles insalubres, des milliers de personnes vivent au rythme d’une quête quotidienne d’eau, au prix de lourds sacrifices sanitaires, sociaux et éducatifs.
Une eau rare, parfois impropre.
À Doungue, dans la préfecture de Tandjouaré, les femmes parcourent jusqu’à 10 km par jour, gravissant collines et rochers, pour puiser de l’eau infiltrée dans le lit asséché des rivières. À mesure que la saison sèche s’installe, elles creusent plus profondément, parfois jusqu’à la boue, utilisant même du ciment pour décanter une eau trouble devenue impropre à la consommation.
À Sidik (Tône) et Nataré (Kpendjal), la situation est tout aussi critique : barrages précocement asséchés, forages défectueux, sources stagnantes partagées avec les animaux. À Nolbagou, hommes et bêtes s’abreuvent dans la même mare. Partout, la pénurie d’eau favorise la déscolarisation, les mariages précoces et l’exode des jeunes filles.
Des infrastructures insuffisantes
Malgré quelques initiatives d’ONG comme MECAP TOGO FR ou INADES-Formation, l’accès à l’eau reste limité. Les forages nécessitent parfois des profondeurs supérieures à 300 mètres, avec des coûts élevés et des résultats incertains.
Certaines infrastructures, comme des châteaux d’eau communautaires, restent financièrement inaccessibles aux populations les plus pauvres.
Réponses institutionnelles attendues
Interpellé fin 2025, le gouvernement a annoncé un budget de 25 milliards FCFA pour 2026 et la poursuite de projets structurants, dont le Programme de Sécurité Hydrique en Milieu Urbain (PaSH-MUT). L’objectif affiché : 100 % de couverture nationale en eau potable d’ici 2030. Mais dans les villages reculés des Savanes, l’attente se prolonge.
Un enjeu national et mondial
Dans un contexte de changement climatique et de pression démographique, la raréfaction de l’eau aggrave pauvreté, insécurité alimentaire et vulnérabilité sociale. Selon l’ONU, 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à une eau potable sécurisée.
Dans le nord du Togo, la soif n’est pas une statistique : elle structure le quotidien.
Entre promesses publiques et urgence humanitaire, les populations espèrent désormais des solutions durables et accessibles.
Edmond Kondo
