octobre 19, 2026

Récépissé No 0054/HAAC/07-2022/pl/P

Tribune de Dieudonné/Afrique :  Deux Afriques, deux trajectoires de réformes

À chaque annonce de « grande réforme », le scénario se répète sur notre continent. Dans les salons feutrés des ministères et les communiqués officiels, on célèbre la « modernisation », la « dématérialisation » et la « rigueur budgétaire ». Mais sur le terrain, l’expérience du citoyen varie du tout au tout selon le cap fixé par ceux qui dirigent.

Pas d’amalgames : toutes les réformes ne se valent pas, et tous les gouvernements n’obéissent pas aux mêmes boussoles.

Quand la réforme construit chez les uns, et étouffe chez les autres

D’un côté, il existe des États audacieux où les réformes , bien que parfois exigeantes au départ , s’inscrivent dans une vision de développement endogène. Dans ces pays, l’effort demandé à la population se traduit rapidement par des résultats palpables : des infrastructures modernes, une baisse de la corruption, des services publics efficaces et un environnement économique assaini. Là, la contrainte d’hier devient le progrès  et la protection d’aujourd’hui.

De l’autre côté, hélas, sévit la logique du « copier-coller » institutionnel. Des gouvernements engagent des réformes non pas pour répondre aux besoins de leurs citoyens, mais pour valider les grilles de lecture des bailleurs de fonds et satisfaire aux exigences des partenaires financiers. Pour obtenir un satisfecit à l’international ou décrocher de nouveaux crédits, on empile les exigences technocratiques. Le résultat ? Ces pays restent désespérément à la traîne sur le plan du développement, tandis que leurs populations paient le prix fort.

Le coût humain du « passage en force »

Dans cette seconde catégorie d’États, le citoyen ne perçoit plus la réforme comme une promesse d’avenir, mais comme une épreuve de survie.

 L’enfer des procédures : Sous prétexte de dématérialisation ou de formalisation, les démarches administratives deviennent un labyrinthe kafkaïen pour le petit entrepreneur ou l’usager ordinaire.

  L’asphyxie fiscale : La multiplication des taxes, impôts directes et indirects, et frais annexes frappe de plein fouet des ménages déjà fragilisés par l’inflation.

Quand la rigueur fiscale et administrative ne produit ni de meilleures écoles, ni des hôpitaux décents, ni des routes praticables, elle cesse d’être une mesure de gestion : elle devient une pression insupportable. On demande à un marathonien pieds nus d’enfiler des chaussures de plomb tout en lui sommant de doubler sa vitesse.

Retrouver la souveraineté du cap

Il ne s’agit pas de rejeter la modernisation ni la discipline budgétaire. L’Afrique a un besoin vital de réformes structurelles profondes pour financer son propre avenir. Mais une vérité s’impose : une réforme conçue uniquement pour plaire à l’extérieur finit toujours par étouffer l’intérieur.

La véritable réussite d’un gouvernement ne se mesure pas au nombre de cases cochées dans les rapports des institutions internationales à Genève ou Washington. Elle se mesure au panier de la ménagère, à la fluidité des services au guichet, et au niveau de confiance retrouvé entre l’État et ses citoyens.

Il est temps pour nos dirigeants de cesser de réformer par obligation diplomatique pour réformer par conviction nationale. Car aucun pays ne s’est jamais développé en étouffant ceux qui le font vivre au quotidien.

L’avenir du continent ne s’écrira pas à coups de dictats extérieurs ou de taxes à répétition. Pour que la réforme redevienne un moteur d’espoir, nos dirigeants doivent impérativement réaligner leurs ambitions sur les réalités de leur peuple : écouter avant d’imposer, accompagner avant de sanctionner, et surtout, prouver l’utilité de l’effort par des résultats concrets. Sans ce retour aux fondamentaux du contrat social, la modernisation restera une illusion coûteuse.

      Dieudonné SEWONOU

 Journaliste & Consultant Média

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